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mercredi 11 mai 2016

A quoi bon?

Ciel gris, crachin tiédasse.
Partir ? Week-end traversé au bureau, semaine chargée en prévision. Enfants à la maison, samedi et dimanche.
Alors lundi, il fallait partir. Oui.
Sixième sortie, seulement, depuis le 1er janvier. Depuis 2012, je n’avais pas fait plus famélique. En revanche : des heures, de la sueur, par litres, de biking dans une salle de sport. Musique à fond et coach sur écran géant. Les séances, de 30 minutes à 1h30 pour ma part, n’ont guère confiné à la construction musculaire. Mais gain incontestable, en revanche, de vélocité et d’amplitude du rythme cardiaque.
Lundi, donc, direction la Chartreuse. Tant qu’à rouler peu, autant rouler longtemps. 14 heures, il bruine. Cuissard long, polaire. L’héritage du mot d’ordre du mon premier entraîneur, j’avais 15 ans, qui nous passait un savon si nous arrivions en « court », à l’entraînement, avant mi-mai. Le Granier s’effrite ? Allons voir.
L’avenue verte entre Aix-les-Bains et Chambéry a ce charme, les jours de pluie, les jours de semaine, de nous éviter les pics de fréquentation. Le long du lac du Bourget, pédalant à 95 tours par minute, braquet léger, je rattrape un autre cycliste, la quarantaine, cadre Canyon et roues carbone. Je propose un relais. Il refuse. On se quittera au Bourget.
Je pense à la pluie et à la galère qui s’annonce, si elle ne s’arrête pas. A quoi bon, quand même ? Je n’ai même pas pris de licence, cette année. Pas la peine, quand on est indisponible tous les week-ends. Des objectifs ? Peut-être une cyclo, cet été. Ou deux. Mais sans se soucier du classement, des temps, de la vitesse ascensionnelle. Non, remontant la Leysse, jusqu’à l’entrée de Chambéry, je réfléchis sur cette passion, qui m’anime depuis l’enfance. J’aime le vélo. J’aime pédaler. J’aime sentir la contracture du muscle dans une côte, ou le soir après un long entraînement. J’aime ce défi que nous propose la montagne. J’aime la notion physiologique, que l’on doit nécessairement intégrer. J’aime le vent, qui s’engouffre sous le casque. J’aime sentir ce picotement dans les fessiers, au moment, mains en bas du guidon, d’emmener un 50x12, à 42 km/h, dans une belle et large portion en ligne droite.
La veille encore, sous le soleil du dimanche, je jalousais tous les cyclos, coursiers, seuls ou en groupe, croisés alors qu’au volant, je me rendais à la rédaction. En voiture en déplacement, en vacances comme en terrain connu, j’imagine toujours quelles sensations seraient les miennes sur cette route si j’étais à vélo. Dans ma tête défilent la côte des Eparres, les lacets d’Annoisin-Chatelans et la campagne immobile des Bauges, toujours.
Voici Chambéry. La pluie s’arrête. Il fait gris, il fait triste, il fait pas vraiment froid. Façon cadet studieux, je ressasse les conseils de mon mentor d’il y a 20 ans. Boire toutes les 20 minutes. Manger tous les 20 kilomètres. La brève traversée de la ville, jusqu’à Jacob-Bellecombette, me rappelle pourquoi je n’ai jamais apprécié partir direction sud. Les charmes de la Combe de Savoie, de la Chartreuse, sont indéniables. Las, franchir la préfecture leur donne un air de princesse lointaine. Tellement plus simple, plus agréable, d’opter pour le calme du Châtelard, la tranquillité de la Chambotte.
Passage devant l’entrée de l’Université de Savoie. C’est raide. Court. Mais raide. 14% indique le compteur. 34x23. Je ne souhaite pas taper d’emblée dans les réserves. Pensée aux amis, éparpillés de Grenoble à Paris, avec qui je roulais jadis. Couleurs de club différentes mais passion commune et fraternité sincère. C’était il y a 14 ans. Une éternité. Maintenant, nos chemins sont dispersés. Je sais le vélo capable de réunir. Un jour.
Je rejoins la RD 912, qui mène au col du Granier. Ce versant n’oppose aucune résistance insurmontable. J’alterne entre 34x17 et 34x19. Assis, souvent. En danseuse, de temps en temps. L’œil est rivé sur le cardio et la fréquence de pédalage. Il y a trois semaines, j’ai culminé à 206 pulsations par minute, sans impression notable d’en baver. Le biking, sans doute. Désormais, j’oscille entre 175 et 188. Je n’ai pas la socquette légère, pour autant. 8% de pente suffisent à me faire tirer la langue. Je m’occupe l’esprit à me rassurer, sans parvenir à ne pas me comparer au grimpeur que j’étais à 17 ans. Je pèse 75 kilos. J’étais à 57. Je roulais 2000 kilomètres en janvier/février. Je plafonne tout juste à 500 en mai. Relativiser, encore et toujours. Pas d’objectif. Juste une passion.
Le tunnel du Pas de la Fosse passé, le Mont Granier présente effectivement les cicatrices récentes consécutives à deux éboulements. Il est beau ce massif. Impressionnant, majestueux, dont on mesure l’ampleur et la fascination qu’il a exercée sur les êtres, depuis le Moyen-Âge, au fur et à mesure que l’on s’en approche. « Sommet 4 kilomètres ; pente 3% » dit un panneau. Je remets du braquet. Avale une barre de céréales. L’altitude n’a rien d’une montagne. Il fait frais, pourtant. Pas si fou, mon vieil entraîneur…
Le col est désert. Restaurant fermé. L’horizon ne se dégage pas. Nuageux. Je ne m’arrête pas. Je ne m’arrête jamais, sur les sommets. S’arrête-t-on en course ? Je ne suis plus un coureur. Je ne suis pas encore un cyclo.
La descente est rapide. Je n’ose le risque, freine machinalement à partir de 60 km/h. Je n’ai jamais été, je ne serai jamais un bon descendeur. Concentré sur l’enchaînement des virages, je me laisse doubler par deux voitures, multipliant les hypothèses pouvant expliquer le relatif manque de mordant de mon Cervélo au freinage. Les étriers Sram Red, fussent-ils de 2012, ne sont pas en cause. Testés et approuvés avec des Ksyrium. Les patins non plus, par trois fois déjà changés. J’incrimine donc cette satanée bande de freinage des American Classic Aero 3. Roues alu, plutôt légères, 34 mm de hauteur. J’hésitais, avant l’achat, avec des Shimano C24. La mode des jantes hautes a entraîné mon choix. Une erreur. Enfin peut-être. Je ne sais pas.
A Entremont-le-Vieux, c’est la cuvette. Pris au piège. Pour rentrer, faut grimper. Même, option de dernier recours, si l’on se décidait à faire demi-tour. Mon projet était autre. Virage à droite, direction le Désert d’Entremont, sa station. L’ascension qui y mène est d’une beauté moins régulière qu’une chevauchée dans les Bauges. Mais qu’elle est difficile. Je l’avais effectuée pour la dernière fois en 2012, c’était l’hiver, et des skieurs de fond m’avaient longuement dévisagé au village. Cette fois, du calme et du silence. Surtout ces 9, puis 10, puis 11 puis 12% sur un peu moins de cinq kilomètres. Rapidement, je peine sur le 34x26. Je m’en tiens au réconfort de la rigueur. Gel. Et encore gel. Les vieux démons des grimpettes calvaires refont surface. Le col du Granier pèse dans les cuisses. J’alterne. Assis. Danseuse. Assis. Danseuse. Voilà les premières maisons. Le cœur tombe à 191. Puis rebondit, 195, dans un ultime sursaut de pente. Un téléski dans un champ, à droite de la route, siffle la fin de la partie.
A quoi bon ? La question, de nouveau, me tapisse la bouche. Le temps de finir un premier bidon et déjà la descente vers Corbel. Très rapide. C’est raide, aussi, sur ce versant. Un peu plus de 50 kilomètres au compteur, alors, mais je sais avoir fait le plus dur. Bientôt le col des Egaux, au côté bénin dans ce sens-là, fera office de troisième sommet de la journée, avant de piquer vers Saint-Jean-de-Couz.
Quelques kilomètres sur la très fréquentée RD 1006, puis j’évite l’étroite descente vers Saint-Cassin via Vimines. Et Cognin, La Motte-Servolex, le Bourget-du-Lac par le Tremblay. Petite joie, brève fierté, sourire, quand le chiffre « 100 » s’affiche sur le compteur. 100 bornes. Pas fait autant depuis l’été dernier. Le long du lac du Bourget, jusqu’à Aix-les-Bains, vaut explosion de lactates. Du braquet, position de course, un peu plus de 40 km/h. Ça brûle. C’est bon. Mais ça brûle. Vraiment.
Un retour au calme par le Grand Port et la volupté de tourner les jambes jusqu’à la maison. La sanction : 111 kilomètres, 4h30 de route, 4450 kcal brûlées. Je vide une demi-bouteille d’eau gazeuse. Il y a le vélo à nettoyer. Il y a des étirements à effectuer. Il y a le linge à laver. A quoi bon. 4h30, quand même. Je suis content.
Le vélo vous améliore. Il a le goût du sel, la substance du pain. Je regarde mon agenda. Je n’aurai plus l’occasion de rouler avant dix jours. 80% du bénéfice de cette sortie seront, d’ici là, partis en fumée. Faudra se faire mal à la gueule, encore.
A quoi bon ?

La passion.

dimanche 20 septembre 2015

Les Championnats du monde au jeu des pronostics

Pendant que l'élite du muscle mondiale se dispute le ballon ovale sur les prés anglais, le gratin du peloton échangera également dans la langue de Shakespeare, cette semaine, mais de l'autre côté de l'Atlantique. Les Championnats du monde sur route UCI débutent à Richmond, aux Etats-Unis. Joueur dans l'âme, je ne peux résister à me risquer à quelques pronostics...

L'épreuve reine, la course élite hommes, c'est dimanche prochain (le jour de mon anniversaire soit dit en passant...). Bon, ayons l'honnêteté à la bouche, le circuit n'est pas le plus sélectif de l'histoire cette compétition. On le décrit ci et là comme "flandrien". Sans être expert en la matière, il me semble que c'est faire injure au climat bien plus accueillant de la Virginie en cette période de l'année. Sinon, le dédale tracé sur la côte Est des Etats-Unis est court (16,2 kilomètres) et ne présente pas de difficulté insurmontable. Elles se traduisent par la présence de trois petites bosses en son extrémité Sud-Est. Leur répétition, puisqu'il y aura 16 passages sur la ligne, porte à près de 1650 mètres le dénivelé positif de la course. Retenir, surtout, que ce parcours essentiellement urbain a paru "très technique" à ceux qui l'ont avalé à l'entraînement. Rapport aux virages...
Alors, qui en arc-en-ciel? La Toile avance le Norvégien Alexander Kristoff, l'Australien Michael Matthews et, peut-être à un degré moindre, le Slovaque Peter Sagan comme favoris cinq étoiles. Sur le papier, difficile, c'est vrai, de ne pas les citer. Pas la peine, donc, d'épiloguer. Petite digression personnelle, toutefois: cela ne me déplairait pas de voir Sagan porter la tunique irisée. Pour son panache. Son tempérament. Sa régularité.
Mais gare à l'Allemagne. Si Tony Martin et Marcel Sieberg parviennent à hisser André Greipel en tête à la Flamme rouge, la pointe de vitesse du Gorille de Rostock pourrait bien valoir à un pur sprinteur d'être sacré champion du monde, quatre ans après Mark Cavendish à Copenhague. Et quand bien même la sélection allemande n'atteignait pas cet objectif, elle dispose d'un honorable plan B, qui a pour nom John Degenkolb. Plus "passe-partout" que son compatriote, il vient de remporter la dernière étape de la Vuelta. Au sprint.
L'Italie? Nibali lui-même a reconnu que le parcours ne lui était pas favorable. L'Espagne? Ce ne sont pas les "côtes" de Richmond qui vont permettre à Purito de faire la différence. Valverde, en revanche, est tellement imprévisible, impressionnant de régularité lors des Mondiaux, qu'il peut faire figure de sérieux outsider.
Quant à la France, elle a laissé ses quatre pépites (Bardet, Pinot, Barguil et Vuillermoz) au pays, au motif que le parcours n'était pas taillé à la mesure de leurs qualités de grimpeurs ou puncheurs. Je mets une petite pièce, néanmoins, sur Tony Gallopin qui, à défaut d'être vainqueur, sera à mon avis placé.
A suivre de près, le Belge Greg Van Avermaet costaud et souvent méritant cette saison (ou en cas de défaillance Sep Vanmarcke, voire Boonen ou Gilbert... le contingent belge a de la réserve), le Tchèque Zdenek Stybar, le Polonais Michal Kwiatkowski pour un doublé, voire l'Américain Taylor Phinney pour un triomphe à domicile.
Reste les surprises, que ce tracé peut engendrer, façon Freire 1999. Ou l'hypothèse d'un bon coureur de circuits, tel le Colombien Rigoberto Uran, qui vient d'empocher le Grand Prix cycliste de Québec et qui est vice-champion olympique sur route en titre.
Bref, ça fait du monde.

Chez les femmes, évidemment, on se prend à rêver d'un doublé de Pauline Ferrand-Prévot qui, à 23 ans seulement, conforterait encore davantage l'épaisseur de sa légende. Et triplerait au passage le Graal en cyclo-cross, VTT et route la même saison! L'opposition sera à la hauteur du défi, malgré l'absence de l'épouvantail Marianne Vos. La numéro un mondiale hollandaise Anna Van Der Breggen, l'Anglaise Elizabeth Armitstead (qui vient de s'imposer à Plouay, ce qui lui a permis de gagner la Coupe du monde UCI), l'Allemande Lisa Brennauer (deuxième l'an passé), la Suédoise Emma Johansson, toujours placée, et l'Italienne Elisa Longo-Borghini forment un plateau particulièrement épicé.

Contre-la-montre, je vois mal Tom Dumoulin, qui sort d'une exténuante Vuelta battre un Tony Martin qui a fait de l'épreuve son grand objectif de fin de saison. Les grandes routes, déroulées sur 53 kilomètres, légèrement vallonnées de la Virginie devraient lui convenir à merveille. Surtout, en cas de victoire, il égalerait Fabien Cancellara en nombre de titres obtenus dans cette discipline. Rohan Dennis? Une alternative probable. Il sera sur le podium, en tout cas. Comme peut-être le Biélorusse Vasil Kiryienka qui a déjà connu pareil succès en 2012 (troisième).

Quant au chrono par équipes, qui lance la semaine des Mondiaux cet après-midi, il n'échappera pas, à mon avis, à BMC Racing Team, impressionnant cette saison, ou à Orica-GreenEdge.


samedi 11 juillet 2015

A travers les Bauges

D'abord un vague récapitulatif biographique. Mes grands-parents, ma mère... sont de Cusy, d'Héry-sur-Alby, Allèves... Bref, le coeur et la pensée des Bauges. Par un mystère inexpliqué, cette vallée de Savoie tarde à prendre la lumière. A mes yeux, pourtant, son aspect authentique et protégé lui valent une beauté qui n'a rien à envier au Beaufortain, à cette Tarentaise toute bétonnée, voire à la Haute-Maurienne.
Il faut traverser le massif, fameux terroir de la Tome des Bauges, pour en saisir sa si particulière odeur. Je l'ai fait jeudi matin, lors de ma troisième sortie depuis que je me suis remis en selle. Au total: 92 kilomètres via Lescheraines, la station du Margériaz, Aillon-le-Jeune, le col des Prés puis, moins charmant, Saint-Jean-d'Arvey, Bassens et Sonnaz.
Premier constat, le changement radical de traitement pour les migraines m'a permis de retrouver mes jambes. Il y a six mois encore, j'eus été incapable de crapahuter jusqu'au Margériaz. L'ascension ne fait peut-être que six kilomètres, mais sa pente ne descend jamais sous les 9%. Enfin d'après mon compteur. Désormais (délesté aussi de quelques kilos, je le reconnais), je parviens de nouveau à alterner positions assise et en danseuse, à un bon rythme de pédalage, pour monter mon petit mécano physique personnel. Certes je n'ai plus, et ne retrouverai sans doute jamais, le niveau de mes 20 ans. Mais qu'il est bon de ne pas se sentir "arrêté" dès que la route se cabre. J'ai terminé les derniers mètres du col des Prés, (je l'avoue, il n'a rien d'une montagne par ce versant) sur le 34x17, à presque 20km/h. Comme l'impression de revivre. "Les muscles ont de la mémoire," m'a dit un jour un vieux coureur. J'ai longtemps pensé que les miens souffraient d'Alzheimer. Ils paraissent guéris.
Second constat, cette pause forcée dans ma pratique cycliste n'a pas servi à aiguiser mon agilité sur un vélo. La descente du col des Prés, en direction de Thoiry, est rapide et relativement technique. Surtout quand elle est entièrement gravillonnée. Un calvaire. Passons les détails.
Bref, 3h20 plus tard j'étais à la maison, avec la sensation d'en avoir encore un peu sous le pied, malgré le retour, vent de face, par les montagnes russes de Sonnaz, Méry, Mouxy. Sinon j'ai encore constaté, après un énième couac technique lors d'un changement de plateau, que le SRAM Red ante-2012 était peut-être ce qui se faisait de plus léger. Sûrement pas de plus fiable.
Quelques heures après, au Havre, une nouvelle chute brisait les os de coursiers qui savent, pourtant, ce que tenir debout veut dire. Pas de quoi fouetter l'envie de reprendre la compétition. On est si bien à se promener, de bon matin, à travers les Bauges.

lundi 6 juillet 2015

Le tour du Benelux terminé...

Le Tour de France va débuter. Après trois étapes aux Pays-Bas puis en Belgique, la Grande Boucle débarque dans l'Hexagone ce mardi, via un crochet par six secteurs pavés, qui font d'ores et déjà beaucoup parler. Sans prévaloir du résultat de ce qui, espérons le pour ces formidables coursiers, ne sera pas une nouvelle boucherie, voici mes enseignements de ce très riche début d'épreuve.

Froome: J'en avais fait mon favori pour la victoire finale (tweet à l'appui...), le Britannique est bien là. Aux risques de déplaire à ses détracteurs, qui décrivent un robot, il me paraît moins "surhumain" qu'en 2012 et 2013 quand il survolait les chronos dans le tempo de Bradley Wiggins. Il semble avoir perdu en puissance, au profit sans doute de qualités de grimpeur encore exacerbées. Sauf chute ou incident mécanique, il arrivera en jaune dans les Pyrénées, et il faudra être costaud, très costaud, pour lui chiper sa tunique.

Contador: J'apprécie le tempérament d'attaquant de l'Espagnol, mais je crains qu'il ne revive le scénario de 2013. Dans l'échappée de dimanche, il fut incapable de relayer les Etixx. Dans le mur de Huy, il a encore montré quelques limites. Une poignée de secondes me direz-vous... Sauf qu'il a un Giro dans les jambes et que, sauf à défier les lois de la nature, sa condition ne devrait pas aller en s'améliorant une fois que la fatigue se sera installée. Et vu le programme de la troisième semaine...

Nibali: Le vainqueur sortant est à sa place. Un bon chrono, une montée correcte ce lundi en Belgique. La preuve qu'il a pris le Critérium du Dauphiné comme un test, restant certainement un peu "en dedans" dans la montagne. Bien sûr il doit se mordre les doigts d'avoir abandonné 1'28 dans les bordures à Christopher Froome, mais il faudra compter sur lui pour le podium. Davantage? Je m'interroge encore sur ses réelles capacités en haute montagne face à l'adversité de cette année.

Quintana: N'enterrons pas le petit Colombien. Il a traversé un début de Tour compliqué et pointe déjà à presque deux minutes de Froome. Sauf qu'il a prouvé par le passé, sur le Tour 2013 (au Semnoz) et sur le Giro 2014, qu'il récupérait très bien et était particulièrement offensif en dernière semaine. On l'annonce par ailleurs très fort en montagne. A mes yeux, il est un véritable candidat au podium à Paris. Peut-être l'adversaire le plus dangereux de Froome.

Les quatre fantastiques, vraiment? C'était enterrer un peu vite un garçon comme Tejay Van Garderen, auteur d'un excellent Dauphiné. Depuis Utrecht il est concentré, appliqué, bien entouré. Lui aussi s'est affûté, quitte à abandonner quelques watts, pour mieux voltiger dans les cols. Sa cinquième place sur le Tour 2012 témoigne de sa capacité à tenir sur trois semaines. Mais il n'a pas confirmé, ensuite. Pas à l'abri d'un jour sans, donc. Sinon, il sera la surprise de cette édition.

Quant à Pinot et Bardet, quasiment roue dans roue à trois minutes de Froome, ce lundi soir, ils semblent définitivement écartés du podium avant même d'avoir usé leurs boyaux sur le sol français. Oui, ils remonteront au classement général. Sans doute pas aussi haut que nos chauvines espérances les avaient placés. Gare à ce que le premier nommé, dont le mental a déjà vacillé par le passé, ne quitte pas la course avant les Champs-Elysées, dans l'hypothèse où il ne retrouverait pas ses jambes.

A suivre, sinon, Kwiatkowski, qui n'a pourtant pas ménagé ses efforts depuis samedi, et qui ne pointe qu'à deux minutes du leader. Le champion du monde semble avoir de la réserve.
Et Gesink tiens? L'éternel espoir hollandais n'est qu'à 1'39 de la tête, bien que piégé dans les bordures. Comme son compatriote Mollema (à 1'32), il sera à surveiller dans les Pyrénées, puis les Alpes, dans la perpective du Top 10.
Reste Uran, le coureur de grand tour le mieux placé derrière Van Garderen et Froome (34"). Je suis sceptique sur sa régularité. J'aimerais qu'il me fasse mentir.

Las, tout ceci n'est que pronostics, tirés de l'observation des trois premières étapes. D'ici Paris, il y aura de la casse, des défaillances, des révélations, j'espère, qui viendront bouleverser ce scénario trop bien écrit d'avance. Une certitude, pour l'instant, on s'est régalé (sauf à voir ces morceaux de peau écaillés par le bitume). Et le plus gros reste à venir. Ca promet!


Une remarque pour la route: surprenante la décision des commissaires de classer Froome dans la même seconde que Rodriguez au sommet du mur de Huy. Il y avait un trou entre les deux. Selon moi, cela coûte le maillot jaune à Tony Martin. Et à voir comme l'Allemand s'est ouvert les veines dans les virages à 19%, il l'aurait bien mérité.

lundi 3 novembre 2014

Retour en Chautagne

La poussière s'était nichée jusque sur les porte-patins du système de freinage. Au soleil, elle luisait également sur le haut du cadre. Plus de deux mois. Ma dernière sortie remontait à début septembre.
Jour de congé imprévu, j'ai mis fin à cet intervalle, noirci à gros trait par une sédentarité consumée jusqu'au mégot, en ce lundi après-midi. J'ai promené mes 77 kilos, et un Cervélo graissé pour l'occasion, à travers la Chautagne immobile d'un jour de semaine.
Le soleil baignait Aix-les-Bains, et mon esprit, au départ de la sortie. Veste d'hiver, collants et gants longs, j'ai quitté ses rayons dès mes premiers coups de pédales le long du lac du Bourget, direction Chindrieux. Au point d'imaginer prendre la pluie.
J'ai retrouvé la Chautagne de mes débuts, ombre chancelante au milieu de sa peupleraie, d'une férocité joyeuse, autour du joli petit village de Chanaz. Au rythme de 27 km/h de  moyenne, j'ai finalement parcouru 68 kilomètres, revenant sur mes pas pour retrouver le soleil.
En tête, au rythme de 200 km/h de moyenne, j'ai repassé mes 15 derniers jours au tamis d'un débriefing intensif. Une très agréable irruption dans ma vie personnelle. Une semaine de vacances où les mots paraissent si pauvres pour décrire le bonheur que j'ai eu à recevoir mes enfants. Une accélération de mon aventure professionnelle m'envoyant notamment à Lyon interroger Michel Barnier, le tout baigné dans une forte odeur d'optimisme. Dans la fraîcheur de novembre, aujourd'hui, j'étais heureux.
Là ce sont donc placées deux heures et quelque d'effort. Physiquement, je pense que l'on pouvait percevoir un certain étonnement se peindre sur mon visage, moi qui m'imaginais finir cramé. Mais la qualité de cette balade se situait bien au-dessus d'une élémentaire combinaison de chiffres et de paramètres de performance. Il me fallait dépouiller mon actualité pour mieux la piloter. En rentrant de Chautagne, ce lundi après-midi, j'ai compris que j'avais en mains les ingrédients du bonheur. Charge à moi de suivre pas à pas la recette.

samedi 31 mai 2014

La Colombie, le Kenya du cyclisme?

Une silhouette de moineau devenu oiseau de proie, un visage qui ne dit jamais la douleur, Nairo Quintana fait plus que ses 24 ans. Son palmarès aussi, d'ailleurs. Car demain, à l'âge où l'on progresse encore, en cyclisme, le Colombien remportera très vraisemblablement son premier Giro. Avant le Tour, un jour?
Avec lui, c'est toute une génération de coureurs colombiens qui prend subitement la lumière. Uran, Henao, Arredondo, Betancur... leurs noms sentent la lune de miel. L'avenir est à eux, dit-on.
Je constate plus que je n'explique. Pourquoi? Comment cette cousinade jaune, rouge et bleue a-t-elle débarqué sur les cimes de la planète cyclisme? Sans doute le fruit d'une fédération qui a fait converger vers eux les faisceaux de sollicitude d'une bienveillance permanente. Détection, perfectionnement, très haut niveau, Europe.
Et si les Colombiens devenaient au cyclisme ce que les Kényans sont à l'athlétisme? Leur environnement, mêlant altitude et pratique répandue du vélo, plaide en ce sens. Mais gare à l'effet de mode. La génération 80 avait déjà fait couler beaucoup d'encre. Celle des années 2010 aussi. Sauf qu'elle gagne, désormais.
Car fini le stéréotype du petit coureur fragile, descendeur gaffeur, et ennemi du chronomètre. Les Colombiens, intégrés dans les formations européennes, ont appris les vertus du capteur de puissance et de ses dérivés technologiques.
Le cyclisme est depuis longtemps la plus grosse source de récompenses internationales sportives en Colombie. Et l'éclosion de ces nouvelles pépites ne serait pas due au hasard, selon Arredondo: "C'est le résultat d'un processus. Le gouvernement a mis de l'argent pour développer le cyclisme colombien, avec des coureurs comme moi, Rigoberto Uran, Carlos Betancur, Sergio Henao et Nairo Quintana. Il y a aussi l'équipe Colombia. Tout cela est le résultat de ce programme dont j'ai pleinement profité".
Au pays, bien qu'émaillé par l'élection présidentielle, les succès des compatriotes sur le Giro font les gros titres, alors même que la nation s'avance vers la Coupe du monde de football.
Bref, "hype" provisoire ou véritable révolution cycliste internationale? A vos avis...

samedi 10 mai 2014

Dans la roue de...

Pas d'enfant, pas de journal... et pas de pluie. Direction la Chautagne donc, vendredi, pour une petite sortie sur un parcours assez classique. Ma deuxième du mois, seulement, mon emploi du temps en avril ayant été plutôt musclé.
Vent de face à l'aller, meilleures sensations quand la route se cabre... Ce sont les deux enseignements que j'ai tirés de la première partie de la balade. Selon un train façon 28/29 km/h de moyenne, je suis allé tourner jusqu'à Culoz, pour revenir en longeant le canal de Savières entre Chanaz et Chindrieux.
Après la petite bosse à la sortie de la commune, direction Brison-Saint-Innocent, la sortie a complètement changé de visage. Au pied de la descente, alors que je tenais un bon 34/35 km/h au compteur, je me suis fait reprendre puis doubler par un collègue envoyant du 40km/h sur le plat. Juste eu le temps de voir passer deux belles roues Zipp 60mm.
Que mon camarade de circonstance ne se vexe pas, s'il doit être amené à lire ces lignes, mais de dos, je lui donnais la cinquantaine, facile, et pas mal de kilos en trop. L'ami avançait tout en puissance. L'occasion était trop belle. Mains en bas du cintre, j'ai immédiatement sauté dans sa roue, incapable pour autant de le relayer.
L'affaire s'est pimentée en arrivant sur Saint-Innocent où la route fait des hauts et des bas, quelques centaines de mètres de pente à chaque fois, mais suffisamment pour faire mal quand on a déjà les jambes qui piquent. Mon "collègue" se retournant de plus en plus pour voir si je tenais sa roue a d'emblée fait la première à fond. J'ai lâché à quelques dizaines de mètres du sommet, pour raccrocher (difficilement) juste après. Idem un kilomètre plus loin. J'ai finalement craqué dans la dernière petite bosse, la moins raide, impressionné par les mollets bourrelés, musclés, et mal rasés de mon "scooter" d'un jour.
Dommage. Je n'ai pas eu le loisir de lui dire "Merci. Et au revoir."